Partager l'article ! Le stage, à la découverte des autres services.: Après s’être acclimatées à l’hôpital pendant 3 semaines dans le service d’anapat ...
Après s’être acclimatées à l’hôpital pendant 3 semaines dans le service d’anapath, on a commencé à découvrir un peu les autres services.
D’abord la radiologie avec son scanner, son IRM et tous ces examens spécifiques (UIV, lavement baryté, hystérosalpingographie…). Comme partout, les médecins sont très pédagogues. Chaque demi journée était dédiée à un examen : IRM cérébrale, scanner thoracique, abdominopelvien… avec comme première étape une révision de l’anatomie : la radiologue nous imprimait spécialement des planches avec des flèches sur toutes les structures importantes, que nous devions reconnaître. Puis dans un deuxième temps, nous avions accès à un ordinateur pour consulter les images pathologiques avec le compte rendu du radiologue. Enfin, on pouvait poser des questions sur les sujets qui nous paraissaient peu clairs. Bref, un exemple de pédagogie, mais pourquoi personne en France ne fait comme ça ? Enfin, on nous donne à réfléchir !
Ensuite, hépato-gastro. On est encadré par le chef de service qui est une perle, et en plus un des ses assistants a passé un an à Paris pour se former à la greffe de foie, donc il parle un peu français ! On navigue donc entre les 2 consultations, la salle d’endoscopie. Puis on fait le tour des chambres de patient, on va voir un patient aux urgences… bref, une journée bien remplie. En plus, à chaque patient, il nous demande à quoi on pense, quel traitement on donnerait, quels sont les effets secondaires de tel ou tel traitement. On se sent donc bien impliquées dans les soins.
Puis, ces derniers jours, on a demandé à passer du temps aux urgences. Mais comme la clinique est assez récente, il n’y a pas beaucoup de patient, Sanjay nous conseille d’aller dans une autre clinique du même groupe, où il y a plus de patients. Peut être que notre démarche de passer seulement quelques jours dans chaque service vous parait étrange mais ainsi, on arrive à avoir une vue assez globale de tout l’hôpital, de son fonctionnement et c’est un peu ça que nous sommes venues chercher ici ; pas seulement l’apprentissage brut de connaissance comme en France.
Donc, nous avons passé 2 jours aux urgences, encadrées par 2 médecins séniors et par les internes du service, assez curieux de savoir comment on pratiquait la médecine en France, des différences qu‘on remarquait. Finalement, les pathologies sont assez différentes en France. Ici, quand on vient aux urgences, c’est vraiment qu’on est malade (enfin sauf pour les 2 ou 3 européens qu’on a croisé et qui venaient juste pour « une petite pustule sur la jambe depuis ce matin »… on avait presque honte pour eux !)
On voit pas mal de fièvre : dengue, palu, typhoïde… et puis on a aussi la pédiatrie, la gynéco, les accidents de voiture, des plaies… bref, c’est assez varié ! En plus, les médecins nous font des petits cours sur l’ECG et sur leur sujet favori : la conduite à tenir chez quelqu’un d’inconscient ou en arrêt cardiaque… avec matériel à l’appui. Ce qui est agréable, c’est qu‘il y a une interaction, ils nous posent sans cesse des questions. Ce n’est pas un cours comme en France, où on nous présente tout sur un plateau. Ici, on nous demande que faire ? Mettre un masque d’accord mais lequel ? De l’Oxygène d’accord mais à quel pourcentage…
Ils sont vraiment très humains avec les patients, sont sans cesse en train de
leur expliquer ce qu’il font. Ce qui nous a marqué au début,
c’est leur efficacité, ici si un patient reste 1 heure entre le moment
où il franchit la porte et le moment où il en ressort, c’est déjà
beaucoup… Et puis ici rien est gaspillé puisque c’est le patient qui paye. Petites compresses, et juste ce qu’il faut, pas de radio ou de bilans sanguins juste parce que c’est la procédure mais où on sait à l’avance qu’il n’y aura
rien… Bref, on apprend à aller à l’essentiel sans pour autant que le patient en pâtisse. Bien sur, c’est une clinique donc c’est difficilement comparable avec nos hôpitaux publics mais c’est intéressant pour prendre du recul sur nos pratiques. Et puis on se dit que même si le système français
n’est pas parfait, on a quand même une chance énorme
d’avoir la sécurité sociale. On a vu par exemple une patiente avec une
dengue qui nécessitait une transfusion de plaquettes partir contre avis médical car elle ne pouvait pas payer. La frustration des médecins était perceptible… En France, l’aspect commercial et financier n’est souvent que secondaire quand on parle de soins (en hôpitaux publics)…
ici, cela fait parti intégrante des soins. Il faut convaincre le patient que c’est important qu’il reste, que son état nécessite des investigations plus approfondies… Par exemple,
pour la dame très mal en point, qui avait la dengue, on a assisté au dialogue entre le médecin et le fils, alors que la patiente avait refusé l'ECG et voulait juste être réhydratée...
A ce propos, petit sondage, à votre avis, quel pourcentage de la population indienne peut se faire soigner dans une clinique ?
Bref, expérience enrichissante ! Après cela on avait vraiment envie de découvrir l’autre aspect de la médecine en Inde : les hôpitaux gouvernementaux, qui donnent des soins quasiment gratuits aux patients. On en a parlé aux internes : un nous a proposé de nous servir de guide dans l’hôpital où il a fait ses études (le plus grand de la région), en nous prévenant qu’on y verrait vraiment la pauvreté, les malades qui arrivent au stade terminal, la saleté, le manque de place… Mais comme le dit Sanjay : « si elles veulent voir l’Inde, qu’elles y aillent ! »
Le lendemain, nous rencontrons donc l’interne et guide d‘un jour. Nous ne savons pas vraiment à quoi nous attendre même si tout le monde à essayer de nous préparer…
Première impression, l’hôpital est immense et conçu un peu à la manière d’HEH pour ceux qui connaissent avec des pavillons pour chaque spécialité, mais en 2 fois plus grand. On découvre
d’abord les consultations, avec une foule impressionnante, faisant des
essaims autour de chaque blouse blanche. Les moyens sont rudimentaires : un appareil à tension et un stéthoscope, c’est tout. Au hasard des couloirs, on croise des personnes vraiment mal en point, amputées, aveugles… On passe ensuite dans le pavillon de psychiatrie, complètement ouvert sur l’extérieur, et où les patients s’entassent sur les bancs dans les couloirs. On voit directement les salles de consultation en se baladant dans
les couloirs. Ensuite, on est passé aux services et aux chambres des patients, qui sont en réalité des dortoirs avec une vingtaine de lits, tous alignés à 30cm les uns des autres, sans aucune
intimité. Je n’ose même pas imaginer le taux d’infections nosocomiales. Un grand fil de fer parcourt la salle, il sert à accrocher les
perfusions de chaque patient. Les enfants sont avec les adultes, le personnel peu nombreux, on aperçoit seulement une infirmière à son bureau qui veille...
Au final, expérience enrichissante mais difficile psychologiquement... Les médecins indiens doivent être sacrément passionés et humains pour entreprendre des études de médecine et ainsi passer 4
ans dans les hopitaux gouvernementaux...
Vive la sécurité sociale, à bas le gaspillage, vive les médecins indiens !
Derniers Commentaires